Le Moulin des Fougères

Le Moulin des Fougères : tout le monde en parle, mais peu nombreux sont ceux qui le situent exactement et qui le connaissent, exceptés quelques pêcheurs téméraires qui, à la recherche de Dame Truite, s'aventurent dans les profondes Gorges des Fougères, sur la commune de Sidiailles.

Et pourtant, quel lieu merveilleux et sauvage !

Depuis décembre 2010, il est devenu propriété de la Gaule Culanaise.

Nous allons vous le présenter par le biais de quelques textes, cartes postales anciennes, dessins et photos actuelles.

Bonne découverte et belles parties de pêche à prévoir.

 

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Le Moulin à la fin du XIXème siècle

 Voici le document le plus ancien en notre possession, sur le Moulin des Fougères.

Texte tiré du « Recueil de Souvenirs » de Jean REGNIER, né en 1854, jeune instituteur rural de la IIIème République, en poste à Sidiailles de 1877 à 1882.

(source : CAHIERS D’ARCHEOLOGIE et d’HISTOIRE du BERRY, n° 42, de septembre 1975).

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le moulin carte postale
 

Un jour, je me rendis dans un moulin situé sur l’Arnon, et dont on m’avait souvent parlé : le Moulin des Fougères.

Après avoir suivi un chemin assez mal entretenu et où on voyait la trace des roues de voitures, j’arrivais près des rochers qui bordent le cours d’eau.

J’entendais le tic-tac d’un moulin, mais je n’apercevais aucune construction.

M’étant avancé jusqu’au sommet des rochers, je vis à mes pieds une maison de peu d’importance qui ne pouvait être que le moulin que je cherchais.

Je descendis au fond de la gorge et je rencontrai le meunier qui venait à ma rencontre.

Il me fit visiter son moulin qui contenait une paire de meules et il m'expliqua, en me le montrant, le mécanisme qui existait.


La mouture qu‘il obtenait était des plus rudimentaires. Son travail consistait simplement à écraser le blé. Les clients auxquels il livrait ce produit obtenaient ensuite la farine en passant cette mouture dans de petits moulins-blutoirs installés chez eux.

Ce travail de meunerie était plus considérable qu’au temps où nos ancêtres broyaient les grains de blé sur une pierre creusée, à l’aide d’un pilon également en pierre, mais la mouture était la même.
Le moulin–blutoir* dont je viens de parler n’existait même pas partout et bien souvent j’ai vu passer la mouture sur un  tamis qui laissait échapper la farine un peu grosse tandis que le son restait dessus.
C’était là, en un mot, le travail exécuté par les moulins à vent que j’avais vus ailleurs.

Mais tout cela formait la partie la plus facile. Il s’agissait ensuite de conduire les sacs de farine chez les clients.

Or le moulin était inaccessible aux voitures qui, ainsi que les animaux, étaient remisées dans le haut.

J’interrogeai le meunier à ce sujet.

« Vous allez voir, me dit-il, à l’instant comment je procède pour sortir d’ici mes produits. »

Il fit alors sortir d’une écurie un âne gris sur le dos duquel il déposa un bât.

Il chargea ensuite la bête d’un sac plein qui fut conduit par un sentier tortueux jusqu’à la remise qui abritait les voitures et où se trouvait l’écurie des chevaux.

 le moulin carte postale 2

L’âne revenait ensuite au moulin chercher un autre sac, et ainsi de suite jusqu’à ce qu’il y eût en haut un nombre de sacs propre à former le chargement de deux voitures.

L’attelage partait alors, sous la conduite du meunier, dans les différentes maisons où la farine devait être livrée.

En voyant cette industrie si primitive, il me semblait que je revenais à mille ans en arrière, et je n’aurais pu croire que dans un même département on pût voir le même travail exécuté de si dissemblable façon.

La famille insista beaucoup pour me garder à dîner, mais il ne me fut pas possible d’accepter, tellement je craignais de ne pouvoir sortir de ce lieu si la nuit m’y surprenait.

Je promis de revenir un autre jour et je partis au plus vite en me demandant comment une famille pouvait passer sa vie dans un lieu si sauvage, en exécutant un tel travail.

 

*  bluter : séparer la farine des semoules et des sons à l’aide d’un tamis ou d’un blutoir.


  • La carte postale du moulin a été postée le 3 octobre 1905, à Châteaumeillant ; la destinataire, habitante de Neuvy Saint Sépulcre (36), l'a reçue le 4 octobre 1905, cachets des 2 Postes faisant foi.
  • La carte de la Vallée des Fougères a été postée en 1927 (?) à Culan, à destination de Paris.

Prise de possession de la propriété

 

Le samedi 8 janvier 2011 

« Prise de possession des terrains et du Moulin des Fougères »


Sont présents : Jacques FRAULAUD, Hervé AUMERCIER, Didier TISSERAND, Marcel MATHONIERE, Jean-Marie JOUVELOT, Hervé ALLEGRET, Jean-Pierre MONCE, Mickaël BOUTET, Robert AUCLERT (9 membres du Bureau de la GC), accompagnés de : Pascal BRAVY, Nadine AUMERCIER et Annie FRAULAUD. Soit 12 personnes.

Se sont excusés : Pascal MATHONIERE, Stéphane MORISSE-MOINE, Charles-Henri BOUTET.

 

Le rendez-vous est fixé pour 10 h 30, Rue Neuve, à Culan : départ pour le Moulin des Fougères.

Vers 11 h, nous sommes dans le chemin communal des Fougères (assez facile à atteindre, en voitures !).

Le Président remet à chacun un plan des lieux avec les parcelles nouvellement acquises toutes coloriées, et il lit le début du texte de Monsieur GUILLEMAIN relatif au Moulin des Fougères. Il est écrit que l’(le Moulin) atteindre est un art ; le chemin d’accès est obstrué depuis de nombreuses années (nous sommes pourtant face au départ de ce chemin privé !) et chacun de commencer à envisager les futurs travaux de dégagement.

Alors, traversant le champ de Bertrand DEVEAU, enjambant la clôture et dévalant dans la bruyère, entre les rochers et les pins sylvestres, nous atteignons la rivière. (2 d’entre nous ne sont jamais allés au moulin par cet itinéraire risqué !).

L’eau est assez haute en cette saison et le courant impétueux, pas question de traverser l’Arnon mais nous n’avons pas besoin de le faire aujourd’hui.

Nous partons vers l’amont : au niveau du mur-barrage de l’ancienne écluse fortement endommagé, nous enjambons le petit ruisseau des Fougères (idéal pour l'immersion des alevins de truites au printemps ou l’implantation de futures boîtes Vibert). Nous recherchons la limite-amont de notre « propriété » ; pas facile à déterminer et pourtant nous avons avec nous Pascal BRAVY, notre voisin-propriétaire ! Certainement à l’aplomb de cette barre rocheuse ? (La prochaine fois, nous viendrons avec le plan au 1/2000è et un décamètre !).

Nous sommes aussi propriétaires, sur la rive en face, du terrain à plat, le long de la retenue d’eau.

Le temps de constater que plusieurs gros arbres se sont écrasés à l’endroit le plus profond. Du gros travail en perspective qui fait faire la grimace à certains d’entre nous. (Le temps aussi de repérer le canard de Barbarie qui semble avoir élu domicile dans le plan d’eau de l’écluse et que nous venons de déranger).

 

Allons vers l’aval maintenant. Au passage, le Président lit la suite du très beau texte de Monsieur GUILLEMAIN. Nous délaissons momentanément les ruines du moulin, nous y reviendrons en fin de visite.

La distance est suffisamment longue (peut être 800 m, il faudra la mesurer une prochaine fois) et le cheminement plus aisé car, depuis plusieurs années, nous avons entretenu régulièrement le sentier du pêcheur ; par contre, le pré du moulin n’existe plus, il est devenu un véritable bois, avec de nombreux arbres abattus dans une végétation non maîtrisée. Au passage, repérage du petit « rio » qui descend sur la rive droite (il ne coule pas toujours) et du petit triangle de terre qui est nôtre, face au déversoir de l’ancien bief du moulin.  

Nous suivons la rive gauche quand une bécasse s’envole presque entre nos jambes, surprenant plusieurs d’entre nous ; elle était cachée au pied d’une "trochée" de noisetiers : était-elle seule ? Une présence animale vraiment importante dans ces lieux sauvages, … et ce n’est pas fini !

Pour la limite-aval  nous hésitons entre 2 barres rocheuses (d’après le plan : il y a ce coude de la rivière ! et cet « arrondi » de terrain !) ; il faudra se repérer par rapport à la haie du champ qui se trouve juste au-dessus des gorges.

 

Retour vers le moulin : les petites phrases fusent : (« Que c’est beau comme endroit ! » « Je ne pensais pas que nous en avions aussi grand ! » « On se rend mieux compte en cette saison que lorsqu’il y a les feuilles ! » « L’emplacement de l’ancien gué, c’était là ? ». « Tiens, Maître Goupil a laissé ses traces » !).

« Nos 2 participantes » remarquent très vite 2 petites plages, une de petits graviers, une de sable fin : (eh là, doucement, nous ne sommes pas en été et encore moins sur la Côte d’azur !).

   


Nous sommes devant les ruines du Moulin des Fougères ; c’est le moment de faire la photo de groupe qui immortalisera la prise de possession et pourra servir dans de prochains articles. Annie s’en charge ; de nombreuses autres photos sont prises par elle et par Marcel au cours de la matinée.

 

Comparons ce qui reste du moulin, devant nous, avec les cartes postales du début du siècle et avec le dessin à la plume, fait en 1923 par le père de Monsieur GUILLEMAIN, précieux document que ce dernier a confié à Jacques.  Nous pouvons ainsi bien reconnaître les différents bâtiments : le moulin proprement dit avec ses anciennes meules en partie cachées par la mousse, le lierre et les fougères ainsi que quelques vestiges d’engrenages, la maison d’habitation avec l’escalier-perron et les traces noires du four ; le 3ème bâtiment qui devait servir d’écurie (?). Quant au pavillon dont parle l’ancienne propriétaire, il faudra rechercher son emplacement et ce qu'il en reste !

Une question est posée : dans quel bâtiment la jeunesse des années 1940 allait-elle danser, bravant les interdictions liées à la guerre ? Le moulin ne fonctionnait déjà plus. Il doit bien rester quelques « Anciens » qui ont connu cette période.

Comment empêcher certains d'entre nous de jouer les aventuriers dans cet univers inexploré depuis plusieurs dizaines d’années ?

Midi est déjà passé et, pourtant, le Président a parlé au début de « chasse au trésor ». Finalement, c’est Nadine qui le trouve, le trésor caché : le champagne était au frais, dans la mousse ! (Il tient ses promesses, Maître  Jacques !!).

Du champagne : pour arroser notre acquisition et la nouvelle année 2011 qui sera encore bien chargée en activités et en satisfactions, espérons-le.

Et un nouveau clin d’œil avec ce renardeau qui nous épiait dans le lierre recouvrant un pan de mur mais qui n’a pas échappé à l’œil vigilant de Jean-Pierre. (La poursuite qui a suivi n’a rien donné ; Maître Goupil était trop … rusé !).

 Pendant une heure et demie, nous avons été, au fond de « nos gorges », loin de notre monde civilisé, oubliant tous les soucis liés à ce monde. Puissions-nous y revenir souvent et avec toujours autant de plaisir !

 Enfin, pour nous pêcheurs, retenons la dernière phrase du texte déjà cité :

« Revenir d’un tel lieu, revenir du Moulin des Fougères sans truite(s) est plus qu’anormal : c’est injuste ». A nous de jouer !

 PS : en fin de compte, la remontée vers les voitures ("à travers côte", comme on dit ici) n’a pas été si pénible que cela !

Quelques personnages

Souvenirs de Jacques FRAULAUD

Il s'appelait Maurice GILLES ...


Je l'ai connu quand j'étais tout jeune enfant et il me reste ... quelques souvenirs.

Lui était déjà très âgé et, chaque jour, depuis Culan, il se rendait en voiture à cheval à son moulin des Fougères dont il était le propriétaire. Le moulin ne fonctionnait plus depuis de nombreuses années.

Certains y allaient pour la pêche ; un peu plus tard, j'ai fréquenté moi aussi les lieux en compagnie de membres de ma famille qui habitaient le hameau des Fougères.

Maurice y passait souvent la journée car il avait toujours à faire dans sa propriété.


Une fois, il n'est pas rentré comme à son habitude ... Son cheval avait vraisemblablement pris peur, s'était emballé et la voiture s'était retournée, au niveau du petit pont qui enjambe le bief.

C'est là qu'on l'a retrouvé, coincé sous le véhicule. Il était mort  ... à quelques mètres de son cher moulin !!

C'était le 15 mai 1951, il avait 82 ans.


Dans les années qui ont suivi, son fils Gérard qui tenait la scierie route du Châtelet a continué à sortir quelques "billes de bois" de la propriété grâce aux 2 énormes percherons MOUTON et ROBERT, menés de main de maître par P'tit Louis LUREAU. (Les vieux Culanais doivent se souvenir. Pour ma part j'étais fort impressionné par ces animaux ; nous habitions, à l'époque, tout à côté de l'écurie !).

Et puis la vallée et son moulin se sont endormis. L'arrière-petit-fils Christian a bien tenté d'entretenir le chemin d'accès et les alentours du moulin durant un certain temps mais finalement la nature sauvage a pris le dessus.


C'est donc une propriété, en partie à l'abandon, avec les ruines du moulin, que la famille MATHELY a vendu à la GAULE CULANAISE en décembre 2010.

Mais ...  dès janvier 2011, une nouvelle vie a commencé.



Dégagement du chemin d'accès

 

Il s'est fait en 2 temps, au cours de l'année 2011.

Tout d'abord le samedi 5 février :

"manuellement", à l'aide de débroussailleuses, de tronçonneuses, de sécateurs à manches, de cressons, de fourches et, surtout de bras vigoureux. 14 personnes (12 adultes et 2 enfants) réparties en 3 équipes.

 

   
   


Puis le samedi 1er octobre :

grâce à une pelleteuse pilotée par le spécialiste Rémi CHEDIN. 6 personnes + la pelleteuse.

     

Un joyeux pique-nique = des forces renouvelées pour l'après-midi !!


Et, le samedi 1er octobre 2011, en fin d'après-midi, le chemin était ré-ouvert et reprofilé à "l'ancienne", c'est-à-dire : "chemin en auge".

 

Par la suite, Jean-Pierre et Hervé ont semé du gazon et, depuis, nous (Hervé surtout !) procédons à un entretien régulier du chemin.

Ce chemin étant privé et, malheureusement dangereux, nous avons été amenés à en condamner l'accès aux véhicules et avons apposé des panneaux avertisseurs.


Un travail énorme réalisé par les membres du CA de la GAULE CULANAISE et des bénévoles !

Qu'ils soient ici félicités et remerciés.